En Syrie, les djihadistes abandonnent le califat, mais pas son idéologie

23 mars 2019 Off By Romain
En Syrie, les djihadistes abandonnent le califat, mais pas son idéologie

Article de Noé Pignède paru sur le site La Croix le 11 Mars 2019 .


Les Forces démocratiques syriennes, coalition arabo-kurde soutenue par les Occidentaux, assiègent le village de Baghouz où sont retranchés les derniers combattants de Daech. Sous le feu des bombardiers américains, des milliers de familles djihadistes fuient l’ultime bastion du califat, mais restent fidèles à son idéologie.

Des femmes et des enfants évacués de Baghouz, assiégée par le groupe État islamique (EI), se rendent à une zone de contrôle tenue par les Forces démocratiques syriennes (SDF), le 6 mars. / Delil Souleiman/AFP

Des milliers de silhouettes noires errent au milieu des détritus et des excréments. Les niqabs sont poussiéreux, les enfants faméliques, les visages crasseux. Ces familles de djihadistes sortent tout juste de la dernière enclave tenue par Daech, soumise à un déluge de feu. Le temps d’une courte trêve, elles ont pu se rendre aux autorités kurdes. « À Baghouz, les bombardements sont très intenses, raconte Carla, une djihadiste française de 34 ans. Il n’y a plus rien à manger et plus de médicaments. Les rues sont jonchées de corps calcinés. »

Les derniers soldats du califat dans des tunnels

Des colonnes de fumée noire s’échappent du village, pilonné par l’artillerie de la coalition. Les maisons sont éventrées, les stocks de munitions réduits en cendre. « La nuit dernière, les tentes de plusieurs familles ont été incendiées alors qu’elles étaient à l’intérieur, affirme Carla, nous n’avions plus nulle part où nous cacher. » Acculés, les derniers soldats du califat se terreraient désormais dans des tunnels.

Allongée par terre, sa jambe est enroulée dans un bandage. Une blessure par balle qui l’a finalement décidée à fuir Baghouz avec ses enfants. Le plus âgé a 10 ans, la plus jeune 2 ans à peine. Leur père, comme des centaines d’autres terroristes étrangers, est toujours retranché dans l’ultime fief de Daech et refuse de déposer les armes.

Depuis début décembre, 58 000 personnes ont quitté l’enclave selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Mais ces fuyards de la dernière heure ont cru jusqu’au bout à la survie du califat, et ne renient rien de son idéologie. Le ton est véhément, le discours délirant.

« Si c’était à refaire, je le referais, assure Angèle, la coépouse de Carla. Cette ressortissante belge de 24 ans a grandi à Roubaix avant de rejoindre Daech il y a cinq ans. Son niqab noir contraste avec la pâleur de ses mains. Venir en Syrie m’a offert une grande liberté, j’ai enfin pu pratiquer ma religion, même si à Baghouz ces derniers temps, on ne pouvait plus dire ce qu’on voulait, car tout le monde parlait français, lance-t-elle d’une voix rieuse. Un trait d’humour, presque immédiatement réprimé : L’islam mérite que l’on souffre pour lui, que chacun de nos membres soit coupé. Vous ne pouvez pas comprendre. »

L’endoctrinement est total

Durant notre conversation, jamais elles ne condamneront les exactions de Daech. L’endoctrinement est total. Les femmes yézidies converties de force et réduites en esclavage sexuel ? « C’est dans notre religion. Le prophète lui-même avait des esclaves », assure Carla. Les attentats du 13 novembre à Paris ? « Tous les pays massacrent des populations dans les guerres », avant d’évacuer la question : « Vous savez, moi la géopolitique, c’est pas trop mon truc ».

L’histoire de l’islam non plus à en croire le discours d’Angèle. « Même s’il ne reste que cent combattants à Baghouz, ils pourraient lever une nouvelle armée pour dominer le monde, comme il y a quelques années. » Elle évoque en fait la conquête musulmane, il y a quatorze siècles.

Désormais entre les mains des autorités kurdes, les deux jeunes femmes redoutent d’être livrées aux services de renseignements français. « Ils vont me séparer de mes enfants », s’insurge Carla, inquiète qu’ils puissent être placés dans une famille non-musulmane. Ces converties vivent la défaite comme une épreuve que Dieu leur impose, mais la certitude de voir renaître un nouveau califat demeure. « Vous verrez, un jour nous reviendrons. »


Article complet sur La Croix disponible ici .

En complément :

  • Voir l’émission Interdit d’Interdire présentée par Frédéric Taddeï sur RT France, qui aborde le retour des djihadistes, de leurs femmes et de leurs enfants. Vidéo Youtube disponible ici .
  • lire l’article sur le site Damocles sur le retour des djihadistes et disponible ici .