Hollande, le nouveau Père Noël des Antilles

8 mars 2019 Off By Romain
Hollande, le nouveau Père Noël des Antilles

Article de Jean Nouailhac paru sur le site Le Pointet publié le 15 Mai 2015.


Lors de son voyage aux Caraïbes, le président voulait se faire de nouveaux amis. L’addition pour la France sera stratosphérique !

Par Jean Nouailhac

Il faisait beau. La chaleur régnait. Le président était heureux, embrassant les dames enturbannées et pomponnées, serrant joyeusement la main des hommes empressés et cravatés, menant avec allégresse une cour servile et prosternée. Il avait enfin l’occasion de procéder avec largesse, sans limites et sans arrière-pensées à l’idéal absolu de tout socialiste digne de ce nom : redistribuer aux “pauvres” l’argent des “riches”. Et il ne s’en est pas privé !

En l’espace d’un peu plus de 48 heures, “les bras chargés de présents sonnants et trébuchants”, selon la formule de David Revault d’Allonnes du Monde, il a laissé derrière lui des paillettes d’or et d’argent telles qu’on n’en avait jamais vu dans les Antilles ! Une pluie ininterrompue de cadeaux s’est déversée sur nos compatriotes. “Il y en avait pour tout le monde”, s’est exclamé un conseiller, et c’était vrai. Qu’on en juge !

Annonces en pagaille

La distribution commence le 8 mai à Saint-Barthélemy, l’un de nos confettis des Caraïbes. Un léger entraînement pour s’échauffer. Une belle Légion d’honneur à un élu et quelques promesses : la création d’une caisse autonome de Sécurité sociale et l’annonce d’un compromis sur un contentieux fiscal entre l’État et Saint-Barth. Juste à côté, à quelques milles nautiques, dans l’île voisine de Saint-Martin, le président, tout sourire, annonce également des nouvelles mesures de défiscalisation, plus une augmentation des effectifs de la gendarmerie locale, la double création d’un foyer éducatif et d’une annexe du tribunal de grande instance. Pas mal pour un début ! Avec ces hors-d’oeuvre devait se terminer la première journée. 

Le lendemain matin, à Fort-de-France, à l’heure des plats de résistance, la Martinique est conquise à son tour par l’immense générosité du président en goguette antillaise : une nouvelle promesse de défiscalisation là aussi, un contingent supplémentaire d’emplois aidés, un programme d’Erasmus caribéen baptisé “Cesairus” en référence au poète Aimé Césaire, la création de deux IUT, l’un en Martinique et l’autre en Guadeloupe pour ne pas faire de jaloux, et enfin, encore plus spectaculaire, l’annonce d’un cyclotron, cet engin très sophistiqué, très rare et très cher de médecine nucléaire consacré à la détection et au traitement du cancer. 

Deux cyclotrons en guise de joujoux électoraux

Puis, c’est la Guadeloupe où notre président, comme drogué par la conscience de sa mission sacrée de redistribution, met le pied sur l’accélérateur et annonce, face à un millier d’élus locaux en lévitation bienheureuse et en pâmoison extatique, une liste de cadeaux en or massif : une candidature de la France aux Jeux de la francophonie en 2021 pour la Guadeloupe, un pôle sportif de haut niveau, une nouvelle école régionale “de la deuxième chance” avec une participation de l’État de 700 000 euros – ce sera la troisième école du genre dans l’île -, de nouveaux droits fiscaux pour les plus démunis, un budget colossal de 1 milliard d’euros consacré aux séismes et aux dommages qu’ils peuvent occasionner et enfin, là encore pour ne pas faire de jaloux, et sur l’insistance expresse de Victorin Lurel, le président PS de la région Guadeloupe, un second cyclotron après celui offert à la Martinique. 

Comment aurait-il pu refuser cela à ce Lurel, un vrai socialiste de toujours qui fut ministre de l’Outre-mer dans le gouvernement Ayrault et qui, à ce titre, représenta la France aux funérailles d’Hugo Chavez au cours desquelles il se fit remarquer par ces mots historiques : “Le monde gagnerait à avoir beaucoup de dictateurs comme Hugo Chavez, puisqu’on prétend que c’est un dictateur”, y ajoutant cette définition magistrale du “dictateur” vénézuélien : “C’est de Gaulle plus Léon Blum“, ce qui méritait bien un cyclotron ! 

À ce sujet, les experts estiment qu’il faut un bassin de population d’au moins 1 million d’habitants pour en justifier l’installation. Avec moins de 800 000 habitants, la Guadeloupe, la Martinique et les autres petites îles françaises du quartier auront donc droit, elles, à deux cyclotrons ! Il faut savoir qu’à ce jour, dix-huit seulement sont exploités pour raisons médicales en France métropolitaine et qu’un cyclotron coûte près de 5 millions d’euros à l’achat et à l’installation et 1 million d’euros par an à l’exploitation. Chaque cyclotron nécessite un bâtiment servant de caisson de l’ordre de 500 m2 au sol avec plusieurs laboratoires, une unité complexe de radiochimie, un dispositif de sécurité très rigoureux et des murs et plafonds de 2 mètres d’épaisseur avec des parois protectrices de 10 centimètres de plomb. Ce n’est pas spécialement un jouet électoral.

Cerise sur le gâteau

Victorin, l’admirateur d’Hugo Chavez, a dit merci une deuxième fois à son ami François, car notre bienfaiteur gaulois, transformé en Père Noël des Antilles, n’avait pas encore terminé sa distribution. Il lui restait à inaugurer avec des trémolos dans la voix une oeuvre d’art très chère, mais tellement symbolique, un mémorial constituant “le plus grand centre du monde consacré à l’esclavage”, autrement dit un nouveau musée que le monde entier nous envie déjà ! Ce mémorial patronné par notre célèbre Victorin Lurel et dont le prix de revient annoncé, mais non encore vérifié par la Cour des comptes, ne devrait pas dépasser les 100 millions d’euros aura un budget annuel inférieur à 10 millions d’euros, promis, juré ! 

Un détail pour finir : on devait apprendre que la cérémonie d’inauguration, à elle toute seule, avait coûté 8,2 millions d’euros. C’était la cerise sur le gâteau, mais pour ce qui est du gâteau, il y avait déjà longtemps que, devant tant d’excès et d’inconséquences présidentielles, l’incrédulité et l’abattement nous avaient envahis…


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