Respirateurs : la CGT parle de « scandale d’État »

2 mai 2020 Off By Romain
Respirateurs : la CGT parle de « scandale d’État »
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Article de Beatrice Parrino paru sur Le Point le 29 Avril 2020.


Le Point a révélé l’achat par l’État de 8 500 respirateurs inadaptés pour lutter contre le Covid-19. La CGT ne veut pas en rester là et demande des comptes.

Voici une communication inédite de la part de la CGT : quatre de ses syndicats d’entreprises ont pris la plume, mardi 28 avril, pour dénoncer « le scandale d’État des respirateurs médicaux produits par le consortium Air Liquide, PSA, Schneider Electric et Valeo ». Leur communication fait suite aux révélations du Point et à celles de nos confrères de Radio FranceDans une longue enquête, nous expliquions que, sur les 10 000 respirateurs commandés par l’État, dans le cadre de la crise sanitaire actuelle, 8 500 étaient inadaptés. Il s’agit de modèles de type Osiris, qui sont, d’après le catalogue d’Air Liquide qui commercialise ces produits, des « ventilateurs de transport légers et simples d’utilisation », dont les domaines d’application sont « l’urgence, le transport, le réveil postopératoire ».

En temps normal, les Osiris sont plutôt utilisés par les ambulanciers, des Samu en intervention. Techniquement trop frustes, limités dans leurs capacités de réglage, dotés d’un seul tube pour l’inspiration et l’expiration quand les appareils de catégories supérieures disposent de deux circuits différents, exigeant une vigilance continue, puisqu’une valve peut facilement se boucher, les Osiris peuvent même être délétères pour les patients Covid+ atteints d’un syndrome de détresse respiratoire aiguë.

Les syndicats CGT d’Air Liquide, PSA, Schneider Electric et Valeo expliquent avoir pris langue avec leurs collègues de la CGT-Santé, avant de prendre officiellement position sur ce sujet. « Comme le confirment les témoignages de nombreux médecins et personnels de la CGT-Santé, ces respirateurs ne sont d’aucune utilité en réanimation hospitalière », insiste la CGT. L’organisation syndicale va plus loin. « En laissant croire que la fabrication de ces respirateurs était essentielle et stratégique, l’État et ses complices industriels ont délibérément organisé le hold-up de l’argent public dont les otages sont les travailleurs, les soignants, les malades et l’ensemble de la population. »

Comme nous l’avons raconté dans notre enquête, c’est fin mars que le gouvernement a noué ce partenariat industriel, à grand renfort de communication. Réagissant aux révélations du Point et de Radio Franceil avait publié un communiqué de presse, tentant une justification : « Cela permet de sécuriser notre position, de renouveler et d’augmenter le stock stratégique de respirateurs d’urgence et d’envisager demain de mobiliser un certain nombre de respirateurs au profit des partenaires de la France à l’international. »

Production en cours

D’après un grossiste en fournitures médicales, contacté par Le Point, un respirateur bas de gamme coûte, en temps normal, 1 600 euros. Un directeur d’hôpital de l’Ouest nous précisait : « Si je souhaite me procurer un Osiris 3, plutôt destiné à une salle de surveillance post-interventionnelle, il m’en coûtera 7 000 euros. » Ce prix inclut les marges d’Air Liquide et des intermédiaires, qui ne devraient pas avoir cours dans le contrat présent passé par l’État.

« Des comptes doivent être rendus ! Les travailleurs engagés dans la production face à l’épidémie, sans compter leurs heures ni leurs efforts, sont aujourd’hui floués. Force est de constater que, même en pareille situation, il ne faut jamais croire aux sirènes et belles intentions du capitalisme, qui n’a d’autre projet que de trahir la confiance de ceux qui les écoutent », écrit encore la CGT. Pour l’heure, la production de ces respirateurs est en cours.


Article complet paru sur Le Point et disponible ici .

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